Pater Josef Kentenich Portraits

Informations sur la cause

Le procès de béatification du Père Kentenich a été ouvert à Trèves le 10 février 1975.


Canonisation : le « oui » définitif de l’Eglise

A propos de la communion entre ceux qui sont sur la terre et ceux qui vivent déjà dans la vision de Dieu, l’Eglise dit : « En effet, de contempler la vie des hommes qui ont suivi fidèlement le Christ, est un nouveau stimulant à rechercher la Cité à venir (cf. He 13, 14 ; 11, 10), et en même temps nous apprenons par là à connaître le chemin par lequel, à propos des vicissitudes du monde, selon l’état et la condition propres à chacun, il nous sera possible de parvenir à l’union parfaite avec le Christ, c’est-à-dire à la sainteté. ». LG 50

C’est pourquoi il est important de faire connaître le don de Dieu, celui qu’Il nous fait dans les saints et les bienheureux. C’est ce qui se produit lors d’une canonisation.

La canonisation par l’Eglise est d’abord un acte de reconnaissance : l’Eglise reconnaît que telle personne a mené une vie selon l’Evangile, et peut aussi être un modèle pour une vie selon l’Evangile. Lorsqu’il s’agit de fondateurs, la canonisation inclut aussi la reconnaissance de leur fondation, de leur œuvre. Celle-ci est reconnue comme une œuvre de Dieu, qui a été conduite par Lui.

 

Dans un entretien, le Père Angel Strada, postulateur de la cause du Père Kentenich, donne un aperçu de l’état actuel des travaux, et de ce qui manque encore.


Quel est l’état actuel de la cause ? 

Le procès a été ouvert dans le diocèse de Trèves le 10 février 1975, sept ans après la mort du Père Kentenich. Au cours de ces 40 ans, une abondante documentation sur sa réputation de sainteté a été rassemblée. Des milliers de personnes de 92 pays des cinq continents ont témoigné de leur confiance en son intercession ou du fait que son exemple les guide. Les nombreux écrits qu’il a publiés ont été examinés par des théologiens, qui certifient qu’il ne se trouve en eux rien qui contredise l’enseignement de l’Eglise ou la morale. Plus de cent témoins ont déposé devant les tribunaux ecclésiastiques. C’est d’une particulière importance, puisque le but du procès consiste à vérifier le degré des vertus héroïques dans la vie du serviteur de Dieu. On a demandé aux témoins quels souvenirs du Père Kentenich ils avaient, quelle expérience directe ils ont eue de lui, parfois durant des décennies. Ils peuvent déposer pour ou contre lui, présenter des demandes, apporter de la documentation, etc.

Ces dernières années, le travail s’est concentré sur la collecte et le dépouillement des écrits non publiés : des lettres du Père Kentenich ou adressées à lui, des documents personnels, des conférences et des retraites non éditées, etc. Une commission d’historiens de l’Eglise et d’archivistes était responsable de cette tâche. La grande quantité de documents a nécessité beaucoup de temps et d’énergie. De la documentation a été demandée à plus de 110 archives ecclésiales ou civiles. Dans le choix des archives aussi bien que des témoins, on a tenu compte des divers lieux où le Père Kentenich a vécu, ou a déployé son activité pastorale : Allemagne, Rome, Suisse, Etats-Unis, Brésil, Chili, Argentine, Uruguay, Afrique du Sud. Une fois que la commission historique a terminé son travail, le décret de non culte a été promulgué ; il ne manque plus que quelques formalités pour conclure l’étape diocésaine du procès. Elle sera suivie par la phase décisive à Rome. Il est impossible de dire quand celle-ci se terminera, entre autres parce qu’il faut un miracle pour la béatification. Et personne ne peut « fabriquer » un miracle, nous ne pouvons que le demander dans la prière.

 

Quels sont les obstacles essentiels qui retardent la cause ?

40 ans, ça n’est pas forcément très long pour la béatification d’un confesseur. En général, les procès de martyrs ne durent pas aussi longtemps ; et pour eux, il n’y a pas besoin de miracle. Des causes comme celle de Mère Teresa ou Mgr Escriva de Balaguer, qui, pour diverses raisons, n’ont duré que peu de temps, ne peuvent pas être prises comme norme. Dans le cas du Père Kentenich, sa longue vie de 82 ans a joué un rôle, sans compter l’énorme quantité d’écrits, sa confrontation avec le National-socialisme, et les presque 4 ans qu’il a passés en prison et dans le camp de concentration de Dachau, les difficultés qu’il a eues avec sa communauté de Pallottins, les 14 années où il a été séparé de son œuvre, et qui lui avaient été imposées par ce qu’on appelait le « Saint Office », les intuitions pastorales et théologiques qui émanaient de lui, et qui, pour une part, anticipaient déjà le Concile Vatican II, et bien d’autres thèmes encore. Beaucoup d’entre eux nécessitaient un examen long et particulièrement approfondi.

En outre, il y a eu des problèmes à propos de la mise en œuvre formelle du procès. Il a été ouvert alors que l’ancien code de droit canon était en vigueur. Ce dernier a changé en 1983, ce qui a naturellement nécessité un nouveau départ. Le diocèse de Trèves a hésité durant des années avant de procéder à la nomination d’un nouveau délégué épiscopal, le précédent étant mort inopinément. Son successeur souffrait continuellement de maladies, ce qui a entravé son engagement sans réserve. En outre, on n’a pas encore obtenu de miracle par l’intercession du Père Kentenich. Normalement, l’existence d’un miracle accélère la reconnaissance des vertus.

 

Qu’est-ce que la béatification du Père Kentenich apporterait à l’Eglise ?

« Les saints, même anonymes, sont la grande réussite de l’Eglise », disait le Cardinal Lustiger. Effectivement, ils sont un témoignage éloquent du fait que les valeurs de l’Evangile peuvent réellement être vécues, et ne se réduisent pas seulement à une exposition de bons principes ou d’idéaux inaccessibles. Le Christ a témoigné que sa mission était de nous donner la vie, la vie en plénitude. Peut-on croire à une telle vie, si elle ne s’est pas manifestée avec puissance dans la vie de quelqu’un ? Dans la vie des saints, la puissance transformante de la grâce est rendue visible. Les saints sont très différents les uns des autres par leur personnalité, leur mission personnelle, leur origine culturelle. Mais ils ont tous en commun la suite inconditionnelle du Christ. De manière très différente, ils nous ouvrent l’accès à l’Evangile, et par leur exemple, nous incitent à le vivre.

L’Eglise s’enrichit chaque fois qu’elle peut présenter au monde une personnalité qui reflète l’amour, la solidarité, la véracité, la bonté et la simplicité de Jésus Christ. Elle ne doit pas réduire son message à une simple annonce de vérités de foi ou de règles morales, mais elle doit bien plutôt montrer des exemples convaincants d’une vie selon l’Evangile. « La vie s’enflamme par la vie », disait le Père Kentenich.

Que ne devons-nous pas à un Paul de Tarse, un François d’Assise, une Thérèse d’Avila, un Ignace de Loyola ! Mais que ne devons-nous pas aussi aux très simples témoins qui nous ont transmis la foi par leurs paroles et leurs exemples ! Une Eglise sans les saints – ceux qui sont célèbres et les inconnus – serait une Eglise appauvrie.

Il est bien évident qu’il faut éviter une « inflation des béatifications » ; la quantité est toujours secondaire. Il faudrait privilégier des béatifications de chrétiens de notre temps, en particulier des laïcs. De ce point de vue, on peut mettre en avant le procès de l’architecte espagnol Antonio Gaudi, de l’homme politique français Robert Schumann, de l’ingénieur chilien Mario Hiriart et du père de famille brésilien Joao Pozzobon.

 

Et en quoi consiste l’apport original du Père Kentenich ?

« Les saints sont les réponses d’en haut aux questions d’en bas », disait un jour Hans Urs von Balthazar. Il y a énormément de questions aujourd’hui, parce que nous vivons dans un temps de bouleversements qui vont toujours plus vite, et qui ont pris des dimensions profondes et globales. Une invitation importante du Père Kentenich est d’accepter consciemment les défis de notre temps. « L’oreille sur le cœur de Dieu, la main au pouls du temps », ainsi décrit-il sa personnalité et son activité pastorale. Il ne se limitait ni à une plainte à propos des maux présents, ni à un regard nostalgique sur le passé ; il n’annonçait pas non plus une vision utopiste du futur. En tant que fondateur du mouvement de Schoenstatt, il cherchait à éduquer à la liberté, afin que chacun devienne conscient de son originalité et façonne son histoire personnelle dans l’ouverture au Dieu de la vie et dans la solidarité avec les autres. C’est précisément pour cela qu’il avertissait du danger de massification. Très tôt, il s’est opposé au régime nazi, avec pour conséquence de devoir supporter trois ans et huit mois d’internement au camp de concentration de Dachau.

Une autre contribution importante consiste dans sa grande estime des relations humaines en tant que chemin pour une profonde relation avec Dieu. « L’homme surnaturel doit être le plus naturel », telle était sa conviction, et il nous encourage ainsi à vivre un christianisme capable de relier ensemble l’humain et le divin.

Dès 1920, il prêchait que le saint du temps présent doit être le saint du quotidien. La foi n’est pas quelque chose qui existe en dehors de la vie familiale, du travail, de l’amitié, des soucis économiques, de l’art et de la politique. Il est nécessaire de construire des ponts entre la réalité de la vie quotidienne et la réalité surnaturelle. La grande passion du Père Kentenich était de rendre les hommes capables de la rencontre avec le Dieu de la vie et de l’histoire. Sa propre expérience et les longues années d’accompagnement spirituel d’innombrables hommes et femmes le conduisirent à une pédagogie et une spiritualité adaptées à notre temps. 

La figure de la Mère de Dieu a occupé une place exceptionnelle dans l’apport du Père Kentenich. Personne mieux qu’elle n’a montré ainsi l’exemple de la suite du Christ au cœur de la vie quotidienne, personne parmi les sauvés n’a montré une plus grande ouverture aux désirs de Dieu le Père, personne mieux qu’elle n’a vécu cette solidarité avec son semblable. Rencontrer Marie signifie rencontrer les valeurs qui sont nécessaires aujourd’hui pour un témoignage chrétien authentique et crédible. Le Père Kentenich – tout comme Jean Paul II – était convaincu que Marie a pour mission de graver les traits du Christ dans le cœur des hommes et les cultures des peuples. C’est pourquoi, dès sa jeunesse, il a conclu avec elle une alliance d’amour et s’est mis totalement à sa disposition. Marie l’a éduqué à la suite du Christ, et elle fera en sorte que sa contribution soit féconde pour l’Eglise.

 

Comment faire avancer la cause :

  • prier pour son bon déroulement
  • vivre et annoncer le charisme du Père Kentenich
  • diffuser les documents et les textes de prières
  • envoyer des récits de témoignages ou de prières exaucées, des intentions de prière
  • soutenir financièrement par des dons