Pater Josef Kentenich Portraits

Informations sur la cause

Le procès de béatification du Père Kentenich a été ouvert à Trèves, Allemagne, le 10 février 1975.

Dans un entretien de mai 2020, le Père Eduardo Aguirre, postulateur depuis 2017 dans le procès de béatification du Père Kentenich (photo ci-contre), a donné un aperçu de l’avancement de la procédure. A la fin de l’article se trouve un complément lié au contexte des publications de juillet 2020 dans de nombreux médias.

1 Quel est l’état actuel du procès de béatification et de canonisation du Père Kentenich ?

Le procès de béatification du Père Kentenich se trouve déjà dans la dernière étape du procès diocésain (au diocèse de Trèves, en Allemagne), c’est à dire que les recherches sur sa vie et son œuvre sont largement terminées :

  • De ses écrits publiés ou non (lettres, notes de conférences, écrits personnels, etc.), qui représentent près de 100 000 pages, quelque 32 000 documents ont été collectés. Les recherches ont été menées dans 110 archives ecclésiales et civiles de divers pays.
  • Quelque 200 personnes qui ont connu personnellement le Père Kentenich et qui ont travaillé avec lui ont été entendu comme témoins.
  • La « réputation de sainteté » est largement répandue. Des personnes de plus de 90 pays ont pris contact avec le secrétariat du Père Kentenich en Allemagne. On a recensé près de deux millions d’intentions de prière ayant été exaucées.

Tout ceci a réclamé un énorme effort de travail qui dure depuis déjà 45 ans. Quelques aspects de cette recherche ne sont pas encore tout à fait complets, aussi la phase diocésaine ne peut-elle pas encore être close. En outre, il sera bientôt possible de faire des recherches dans les archives du Saint Office – l’actuelle Congrégation pour la doctrine de la foi – qui n’ont été rendues accessibles que récemment, ce qui permet ainsi de les étudier. On ne doit pas oublier que le Père Kentenich a vécu 14 ans en exil en raison de mesures administratives prises par le Saint Office.

Une fois l’étape diocésaine conclue, on passe à l’étape vaticane ou romaine, où toute cette masse de documents, écrits, enregistrements, etc., du procès sont envoyés à la Congrégation pour la cause des saints, à Rome, où ces documents seront examinés, certifiés et analysés. Cela peut aussi durer plusieurs années. Cette congrégation a pour mission de vérifier que le Serviteur de Dieu (c’est ainsi que l’on nomme la personne qui est examinée durant un procès) a vécu les vertus chrétiennes de manière héroïque, et est parvenu à la sainteté. La congrégation peut alors proposer au Saint Père de proclamer le Serviteur de Dieu « Vénérable ».

L’étape suivante serait alors la béatification du vénérable Serviteur de Dieu. Pour cela, il est nécessaire que soit reconnu un miracle obtenu par l’intercession du Père Kentenich. Quand on entend parler d’un possible miracle, il est alors nécessaire d’ouvrir un nouveau procès pour étudier le cas. Là aussi, il y a d’abord une première phase dans le diocèse où le miracle s’est produit, et où l’on collecte tous les documents, récits de témoins et études appropriées. Puis on passe à la phase romaine, où les documents doivent être examinés et certifiés, pour parvenir à un jugement définitif. Quand le miracle est certifié et approuvé par la congrégation, le Pape peut alors déclarer bienheureux le vénérable Serviteur de Dieu.

Pour qu’un « bienheureux » puisse être canonisé, c’est à dire honoré comme saint dans l’Église entière, un second miracle doit être reconnu.

2 Que signifierait pour Schœnstatt la canonisation de son fondateur ?

La canonisation signifie la reconnaissance et la confirmation par l’Église que le Père Kentenich a vécu les vertus chrétiennes de manière exemplaire ; qu’il est devenu saint à la suite du Christ, qu’il a été docile et prêt à suivre l’action de l’Esprit Saint, et que, dans sa vie, il a réalisé de manière fidèle et cohérente la volonté de Dieu.

L’Église peut donc le présenter comme un modèle de sainteté, et montrer l’exemple de sa vie comme un chemin de sainteté pour les hommes d’aujourd’hui.

Mais aussi – et cela me semble particulièrement important – l’Église reconnaîtrait ainsi l’importance et l’actualité du charisme que le Père Kentenich a reçu de Dieu comme un don et une mission pour notre temps. De cette manière, l’Église pourrait s’ouvrir encore davantage au message de Schœnstatt, à la spiritualité et à la pédagogie que nous avons à donner au monde présent, elle pourrait les accepter et les apprécier davantage.

Pour la famille de Schœnstatt, la béatification et la canonisation du fondateur ont été un stimulant puissant pour s’impliquer davantage et de manière plus responsable pour faire vivre le charisme du Père Kentenich dans l’Église ; pour le suivre sur son chemin de sainteté et pour accomplir la mission que, par lui, Dieu nous a confiée.

Tout fondateur ayant une mission prophétique a besoin, pour que celle-ci soit féconde, de successeurs et de disciples qui s’identifient avec son charisme, l’incarnent et le transmettent dans l’Église et dans le monde.

En outre, nous espérons que, avec la canonisation du Père Kentenich, la source de grâce de Schœnstatt – l’alliance d’amour avec Marie et le sanctuaire – tout comme la spiritualité, la pédagogie et les diverses initiatives apostoliques, soient reconnus comme un enrichissement pour l’Église.

3 Quelles vertus parlant en faveur de la sainteté de sa vie souligneriez-vous chez le Père Kentenich ?

La sainteté du Père Kentenich, son héroïsme du point de vue des vertus chrétiennes découle chez lui de la conscience d’être porteur d’un charisme que Dieu lui a confié. La conviction d’être appelé par Dieu à une mission séculière le stimule sans cesse dans sa lutte pour la sainteté. Cette conscience d’avoir une mission l’a poussé à se donner tout entier à Dieu, et l’a pressé de se consumer totalement pour cette mission. Il s’agit ici d’une sainteté apostolique : vivre saintement pour le bien de la mission, pour sanctifier le monde et le conduire à Dieu.

C’est dans cette attitude que le Père Kentenich a vécu de manière héroïque et exemplaire les vertus théologales, qui constituent le fondement de toutes les autres vertus chrétiennes. Pour en rendre compte, nous devons mieux connaître sa vie (sa biographie), ses écrits, son œuvre… Nous pouvons ainsi vérifier qu’il était un prêtre très profondément surnaturel, un homme de foi, qui aimait Dieu, les hommes et la mission que Dieu lui avait confiée de toute la force de son cœur. C’est sur cette base qu’il a établi toute sa vie, sans crainte, et avec l’audace qui découle de l’espérance en la victoire du Christ ressuscité.

Ce thème mériterait plus de temps et d’étude, mais je peux quand même évoquer ici brièvement quelques caractéristiques montrant comment le Père Kentenich a vécu les vertus théologales :

La foi : le Père Kentenich vivait et enseignait une manière spécifique de vivre chaque jour de la foi. A Schœnstatt, nous l’appelons la « foi pratique en la Providence ». Il s’agit de la foi au Dieu de la vie qui nous accompagne continuellement sur notre chemin , qui écrit l’histoire avec nous, et qui conduit l’humanité – et concrètement chaque personne – selon un plan de salut, d’amour et de sagesse. Il s’agit du Dieu vivant, qui se manifeste dans les grands événements de l’histoire aussi bien que dans les plus petits détails de notre vie quotidienne.

En même temps, la foi du Père Kentenich était empreinte d’une confiance filiale inébranlable en Marie, dans l’alliance d’amour avec elle et dans le pouvoir du sanctuaire en tant que source féconde de grâce. Le Père Kentenich se considérait constamment comme un instrument dans les mains de Marie ; à ce titre, il s’est efforcé, sa vie entière, de servir la mission de Marie, compagne permanente et aide, au côté du Christ, dans l’œuvre de Rédemption.

Dans la vie du Père Kentenich, nous trouvons aussi une profonde confiance filiale envers Dieu le Père. Il se sentait humble et petit devant Dieu, et justement ainsi, profondément en sécurité.

L'Espérance : Porté par la foi, le Père Kentenich est un homme qui était libre de toute crainte, et qui risquait tout pour faire la volonté de Dieu et pour remplir la mission qu’il avait reçue de Lui. Il était ferme dans l’espérance, car il était certain de la victoire de Dieu. C’est ainsi qu’il put surmonter avec détermination, intrépidité et confiance la persécution nazie, le camp de concentration, la confrontation avec le Saint Office, l’incompréhension de ses supérieurs et les 14 années d’exil.

L'Amour : la profonde expérience de la réalité de l’alliance d’amour avec Dieu, avec Marie, avec la famille de Schœnstatt, fut la source de force de la vie et de l’action du Père Kentenich – très concrètement, pour le don de lui-même aux personnes que Dieu avait mises sur son chemin. Son amour de l’Église provenait aussi de cette source. Il est frappant qu’il ait choisi comme inscription pour sa tombe : « Il a aimé l’Église ».

En lien avec ce qui vient d’être dit, nous pouvons souligner aussi sa sensibilité et son sens prophétique, qui se manifestait face aux exigences et aux bouleversements de notre temps. C’était quelqu’un qui – comme il le disait lui-même – vivait « la main sur le pouls du temps, et l’oreille sur le cœur de Dieu » ; le regard tourné vers une église sur « une nouvelle rive », vers de nouveaux horizons.

Il faut souligner aussi sa forte intuition ainsi que son sens pédagogique, grâce auxquels il devint un éminent éducateur de personnalités libres, capables de répondre aux courants et aux défis du temps.

 4 Quelles initiatives existe-t-il au sein du mouvement de Schœnstatt pour soutenir le procès de béatification du Père Kentenich ?

En toute certitude, on peut dire que la famille de Schœnstatt répandue dans le monde entier prie pour la béatification du fondateur. S’y ajoute l’engagement fidèle dans l’alliance d’amour avec Marie pour la mission de Schœnstatt. Par la prière et la connaissance de la vie du Père Kentenich se crée et grandit une relation personnelle avec lui, dans la confiance qu’il est au ciel, où il peut intercéder pour nous.

Dans les pays où Schœnstatt a atteint un certain degré de développement, un « secrétariat Père Kentenich » est institué avec pour mission de diffuser la réputation de sainteté. Cela se réalise par la publication de prières pour la béatification, de neuvaines, circulaires et autres. En outre, le secrétariat recueille des intentions de prière qui sont confiées à l’intercession du Père Kentenich, et il collecte des récits sur la manière dont ces intentions ont été exaucées. Le secrétariat central se trouve à Schœnstatt, en Allemagne. Il est dirigé par des sœurs de Marie de Schœnstatt.

Au cours des trois dernières années, des cercles ou des groupes de prière se sont développés dans 13 pays ; ils sont en relation les uns avec les autres via WhatsApp, et regroupent déjà plus de 1400 personnes. Chaque jour, par des prières, des visites au sanctuaire, des temps d’adoration, etc., ils s’engagent afin que le procès de béatification du Père Kentenich aboutisse. Ces groupes de prière sont en contact avec les secrétariats de leurs propres pays.

Dans l’ensemble, l’étude, l’examen et la diffusion du testament spirituel du Père Kentenich sont encouragés dans les communautés organisées de Schœnstatt, et des initiatives surgissent sans cesse pour adapter ce patrimoine en des œuvres concrètes qui contribuent à matérialiser son charisme. Ainsi, dans les divers pays où Schœnstatt est présent, des œuvres sociales, des écoles, des activités pastorales et apostoliques, des livres… ont été réalisés.

5 Pourquoi serait-il précieux pour l’Église tout entière que le Père Kentenich soit compté au nombre des saints canonisés ?

Pour que son charisme soit reçu dans l’Église des temps nouveaux, et y soit fécond. Pour nous, ce n’est pas tant la reconnaissance de la sainteté personnelle et individuelle du Père Kentenich qui est importante, que le fait que, par là même, l’appréciation et la réception de la contribution de Schœnstatt à une pédagogie de la foi qui réponde aux besoins pastoraux de la nouvelle évangélisation en ce troisième millénaire. Il s’agit, dans l’alliance d’amour avec Marie, notre Mère et notre éducatrice, de former un « homme nouveau » dans une « nouvelle communauté » ; un véritable chrétien avec une disposition nettement apostolique, dans une Église qui doit être la « famille de Dieu », et qui est « en sortie », comme dirait le Pape François.

Le Père Kentenich voulait former des personnalités qui soient en mesure d’unir les réalités naturelles et surnaturelles. Elles doivent vivre un christianisme capable d’intégrer le plan humain et le plan divin et de réaliser une nouvelle synthèse culturelle qui porte le sceau du Christ. La foi n’est pas séparée de la vie normale, ou une option variable, à laquelle on puisse renoncer sans grandes conséquences. Dans notre vision chrétienne, qui découle de la vérité du Christ, notre union au Christ doit donner sens à notre vie familiale, au travail, à l’amitié, à l’activité économique, à la science, aux arts et à la politique… et à tout ce qui constitue notre existence, et animer de l’intérieur tous ces domaines.

C’est à cela que le Père Kentenich voulait contribuer depuis Schœnstatt. Il voulait former des personnalités dirigeantes chrétiennes, qui puissent s’investir avec un sens ecclésial à la nouvelle évangélisation au cœur du monde présent.

La reconnaissance du charisme du Père Kentenich faciliterait la proposition de l’alliance d’amour avec Marie et du sanctuaire de Schœnstatt comme source féconde de grâce et comme don pour toute l’Église. Schœnstatt pourrait ainsi contribuer de manière encore plus décisive à la mission de l’Église pour la nouvelle évangélisation dans le nouveau millénaire.

P. Eduardo Aguirre
Postulateur

Comment faire avancer la cause :

  • prier pour son bon déroulement
  • vivre et annoncer le charisme du Père Kentenich
  • diffuser les documents et les textes de prières
  • envoyer des récits de témoignages ou de prières exaucées, des intentions de prière
  • soutenir financièrement par des dons

A propos des discussions actuelles sur la personne du Père Kentenich

Au début juillet 2020, de manière inattendue, et à la suite de l’ouverture des archives de la Congrégation pour la Doctrine de la foi datant du pontificat du Pape Pie XII, de prétendues accusations d’abus de pouvoir et de comportement immoral de la part du Père Kentenich envers les membres de l’Institut des Sœurs de Marie, dont il était le fondateur et le directeur, ont été rendues publiques. Ces allégations ont été présentées de manière journalistique et sans autres précisions, et cherchaient à montrer que c’était la raison pour laquelle le fondateur avait été séparé de son œuvre et envoyé en exil aux Etats-Unis.

Ces accusations, ainsi que la manière dont elles ont été présentées, ont produit dans le mouvement de Schœnstatt de la douleur, et, dans une certaine mesure, du trouble. En même temps, cela posait la question du procès de béatification du Père Kentenich.

Compte tenu des allégations avancées, je voudrais renvoyer à quelques éclaircissements et quelques réponses donnés par les instances responsables et représentatives du mouvement de Schœnstatt :

https://www.s-ms.org/2020/07/02/en-francais-presidium-general-du-mouvement-international-de-schoenstatt/

https://www.s-ms.org/2020/07/04/en-francais-declaration-sur-les-accusations-dabus-contre-le-pere-joseph-kentenich/

https://www.s-ms.org/2020/07/06/en-francais-peut-etre-nest-il-pas-toujours-conseille-de-garder-un-noble-silence/

D’autres articles et prises de position se trouvent sur www.schoenstatt.com (possibilité de traduction par www.deepl.com)

L’évêque de Trèves, qui est responsable du procès diocésain du Père Kentenich, a pour sa part nommé une commission historique pour l’étude des archives qui étaient encore secrètes il y a quelques mois. Dans le cadre de la cause du Père Kentenich, c’est une étape normale de la procédure d’enquête.

Comme il ressort des explications données par le praesidium général, des initiatives se sont également produites dans la famille de Schoenstatt pour tout examiner, et préciser et clarifier ce qui, dans cet épisode de l’histoire de Schoenstatt, est en lien avec la personne du fondateur et avec les raisons de sa confrontation avec le Saint Office.

Nous avons pleine confiance que toutes ces controverses contribueront en définitive à mettre encore plus en lumière la personne du Père Kentenich, nous permettant de mieux comprendre son charisme et sa mission, qui le conduisirent à s’expliquer avec l’Eglise préconciliaire. Nous pourrons ainsi toujours mieux reconnaître et recevoir sa sainte vie comme un don de Dieu.

P. Eduardo Aguirre
Postulateur